Lone Wolf and cub : présentation


Un immense succès au Japon

Lone wolf and cub / Kozure Ôkami jouit d'un statut de classique aux Etats-Unis, et plus encore au Japon. En France, où la traduction vient tout juste d'être réalisée (voir plus bas), le manga doit encore asseoir sa notoriété.

Ecrit par Kazuo Koike et dessiné par Goseki Kojima, Kozure Ôkami (Le Loup Errant, jeu de mots sur Ôgami, le nom du héros, et Ôkami, qui signifie "loup") commence à paraître en 1970 dans le magazine Manga Action. Presque simultanément, il est édité sous forme de volumes. Il existe deux formats de takôbon, une de poche, en 28 tomes et une autre plus grande, en 14 volumes, identique en contenu.

En tout, il s'est vendu plus de 8 millions d'exemplaires du manga dans son pays d'origine, une performance appréciable pour une oeuvre de plus de 8000 pages ! Le succès est tel que Kozure Ôkami est adapté sous forme de films, d'une pièce de théâtre et même d'un disque (ou le jeune Daigoro est supposé chanter !).
D'un point de vue formel, le manga, qui raconte l'errance d'un ronin et de son jeune fils dans le Japon médiéval, est sous l'influence directe des films de samouraïs (chambara), il est donc logique que, dans un mouvement presque "naturel" de retour aux sources, il ait suscité des adaptations live, plutôt qu'une série d'animés.
La couverture japonaise du premier tome de Kozure Ôkami
- Les couvertures japonaises portent des illustrations couleur signées Kojima -

Les éditions américaines
Couverture américaine de Lone Wolf and cub, version First Publishing (1987)
- La première édition américaine de Lone Wolf and cub, déjà illustrée par Frank Miller -

C'est d'ailleurs la série de films, rebaptisée Baby Cart en Occident, qui fera connaître l'oeuvre aux Américains. Ces derniers réalisent une première édition du manga en 1987, sous le titre Lone Wolf and cub ("Le Loup Solitaire et son petit").
C'est First Publishing, une maison d'édition aujourd'hui disparue, qui s'occupe de cette première adaptation. Malgré l'étroite collaboration de Frank Miller, très admiratif du travail de Koike et Kojima, cette édition est fragmentée (elle commence avec la dernière histoire du premier volume) et incomplète (seuls 13 tomes paraîtront).

C'est pourquoi, en 2000, Dark Horse Comic décide de reprendre la parution de Lone Wolf and cub. Dark Horse entend offrir aux lecteurs américains (et anglophones !) l'intégralité des 28 volumes dans une version aussi respectueuse que possible de l'originale. A cet effet, la traduction est entièrement refondue. C'est le Studio Proteus, une société très impliquée dans la diffusion des mangas aux Etats-Unis, qui se charge de l'adaptation.

De fait, l'édition Dark Horse offre une traduction intelligemment pensée, où de nombreux termes trop spécifiques sont conservés et explicités dans un glossaire en fin de volume (pour les tournures de politesse par exemple ou les termes historiques). De même, les traducteurs ont tenté de rendre les différents niveaux de langages utilisés par les protagonistes : langage châtié des nobles, parler populaire des paysans...


Certains volumes contiennent un "ronin report", de courts textes qui éclairent un aspect de l'oeuvre (la société japonaise médiévale, les arts martiaux, les différentes armes, la place des femmes dans la société, etc.). Les tomes sont physiquement identiques à ceux de la premier édition de takôbon, ils sont d'un format particulier, plus petits que les mangas habituels (10X15,2 cm).

Par contre, les couvertures ont été confiées à des artistes américains. Celles que Frank Miller avait effectuées pour l'édition de 1987 ont été reprises. D'autres dessinateurs ont également contribué (Bill Sienkiewicz, Matt Wagner).
Autre différence par rapport à l'édition originale : la lecture se fait dans le sens occidental. Les planches ont toutes été retournées (tout le monde est donc gaucher !). Malgré les défauts cités plus haut, l'édition First de 1987 avait conservé le sens des planches (dans un sens de lecture occidentale, un peu comme Casterman le fait pour certains mangas).
Cette inversion est la seule imperfection d'une édition Dark Horse remarquable en tous points.
Elle a d'ailleurs reçu deux "Harvey Awards" en 2002 : "Best american edition of foreign material" et "Best graphic album of previously published material".

Couverture américaine de Lone Wolf and cub, version Dark Horse Comics (2000)
- L'édition Dark Horse conserve les couvertures de Miller, jusqu'au tome 13 -

Les auteurs : Kazuo Koike
L'édition française de Crying Freeman, l'autre chef d'oeuvre de Kazuo Koike (avec Ryoichi Ikegami)
- L'autre chef-d'oeuvre de Kazuo Koike, également adapté en film live -

Kazuo Koike est un personnage incontournable dans le monde du manga. En tant que scénariste, il a notamment travaillé avec Ryoichi Ikegami. Crying Freeman est le fruit le plus célèbre de cette collaboration mais le duo a également produit des oeuvres de moindre renomée (Offered, Wounded Man...). Avec Kozure Ôkami / Lone Wolf and cub, Koike signe un autre classique du genre.
Koike affectionne les personnages pittoresques et haut-en-couleur : "Une bande-dessiné est portée par ses personnages. Si un personnage est bien pensé, la bande-dessinée est un succès". De ce point de vue, Kozure Ôkami est l'occasion pour lui de donner libre cours à sa fertile imagination. L'immense succès du manga prouvera la validité de ses conceptions !

L'influence de Koike sur les manga dépasse ses propres productions. Il a en effet fondé le cursus Gekiga Sonjuku, destiné à aider les artistes et scénaristes talentueux à percer. La plus fameuse recrue de la Gekiga Sonjuku est la mondialement connue Rumiko Takahashi.

Pourtant, les talents de Kazuo Koike ne se limitent pas à la bande-dessinée, il est également écrivain, poète, présentateur de show télévisés, éditeur de magazines et scénariste pour la télévision et le cinéma !

Il a d'ailleurs été impliqué dans l'adaptation cinématographique de Kozure Ôkami (les films de la série "Baby Cart"). Il a également scénarisé les deux "Lady Snowblood" (de Toshiya Fujita
), l'histoire d'une femme guerrier à l'époque Meiji et les "Goyôkiba" (Razor), des films policiers violents et quelque peu érotiques, réalisés par Kenji Misumi (le principal réalisateur des Baby Cart).
Par ailleurs, Koike est un amateur d'arts martiaux, il est 4ème dan de Kendô et pratique le Kyudô, le tir à l'arc japonais traditionnel. Il décrit son environnement familial comme "imprégné par le Bushidô". Il est donc familier avec le Hagakure Bushidô, fondé sur des valeur bouddhistes et confucianistes qui tiennent une place importante dans Lone Wolf and cub.


Les auteurs : Goseki Kojima

Goseki Kojima est né en 1923, il a toujours travaillé dans le domaine des arts graphiques, même si, dans le Japon d'après-guerre, les opportunités étaient réduites. Il dit ainsi avoir "pratiqué tous les métiers qui impliquent un pinceau et de l'encre !". Il a notamment peint des publicités et des affiches de cinéma. Il a également dessiné pour le Kami-shibai ou "théâtre de papier", une sorte de spectacle itinérant en plein air où l'artiste commente et met en scène ses dessins. Cette forme de "manga du pauvre" était populaire dans le Japon des années 50. Goseki Kojima a débuté dans l'industrie du manga proprement dite en 1957. Il a ainsi défini la ligne graphique de la série Kamui-den (The Legend of Kamui), scénarisée par Sampei Shirato.
Le style de Kojima est fortement influencé par le cinéma. Il a d'ailleurs exercé en tant que projectionniste. Les scènes d'action dans Lone Wolf and cub doivent énormément au 7ème art, tant pour leur découpage et leur cadrage que pour leur dynamisme.
Kojima a travaillé avec Sampei Shirato sur Kamui-den, une série extrêmement populaire
- Kamui a inauguré la revue avant-gardiste Garo, c'est Kojima qui en a défini le style -
C'est d'ailleurs à l'aide d'une métaphore cinématographique que Goseki Kojima décrit son rôle dans la création du manga : "Si M. Koike est le scénariste, je suis le réalisateur et le directeur de casting. [...] Je dis toujours qu'il faut créer une situation dramatique, même lorsque l'on dessine un arbre ou une pierre".
A la fin de sa vie, Goseki Kojima a pleinement exprimé son amour du cinéma en transposant les films d'Akira Kurusawa en bande-dessinées.
Il est décédé le 5 janvier 2000, à l'âge de 71 ans.

Les auteurs : Frank Miller

- Le "Ronin" de Miller, une oeuvre sous l'influence directe de Kozure Ôkami-

L'engouement de Frank Miller pour Lone Wolf and cub a été déterminant pour amener ce classique de la bande dessinée japonaise en Occident.
Miller a toujours été fasciné par le Japon. En 1979, il reprend et réinvente le personnage de Daredevil. Pendant 3 ans, il s'occupera de cette série, notamment en y introduisant des éléments japonisants (les ninjas de l'organisation secrète La Main). Lorsqu'en 1982, Miller et Chris Claremont sont chargés de mettre en scène les aventures solo de Wolverine, Miller peut exprimer librement sa passion pour le Japon. Le plus teigneux des mutants est en effet supposé avoir vécu (et trouvé l'amour !) au pays du Soleil Levant.
En 1983, Miller découvre Kozure Ôkami par le biais de son adaptation cinématographique (les films Baby Cart). Il se procure alors les volumes du manga, lequel aura une influence déterminante sur son travail. Miller a ainsi déclaré dans une interview qu'il avait entrepris de dessiner Ronin suite à sa découverte de Kozure Ôkami et des oeuvres de Moebius, survenue la même année.

En ce début des années 80, Miller diffuse les exemplaires de Kozure Ôkami autour de lui et en parle abondamment à ses amis, toute une génération de dessinateurs new-yorkais qui découvre avec enthousiasme les mangas et leurs particularités graphiques, sans toutefois pouvoir les lire, faute de traduction.

Lorsqu'en 1987 First Publishing décide d'éditer Kozure Ôkami aux Etats-Unis, sous le titre Lone Wolf and cub, Frank Miller est tout naturellement associé au projet. Il réalise ainsi 12 couvertures (mises en couleur par Lynn Varley) et rédige une introduction pour chaque volume.
Le style graphique de ces couvertures est influencé par la version cinématographique de Lone Wolf and cub (Itto ressemble plus à l'acteur Tomisaburo Wakayama qu'au dessin de Kojima !) ainsi que par les a-plats vifs et colorés des estampes japonaises.

Lone Wolf and cub en français !!

La première édition japonaise de Kozure Ôkami a plus de 30 ans, Lone Wolf and cub, dans sa première traduction américaine remonte à 1987 (rendez-vous compte, l'URSS existait encore à l'époque !). En 2003, Génération Comic nous fait la grâce d'une traduction française !
Une longue attente donc.
Beaucoup de lecteurs français ont découvert Lone wolf dans sa version américaine, notamment celle de Dark Horse, dont les succès critiques et publics Outre-Atlantique ont certainement incité GC à se lancer dans la traduction des 28 tomes de la série. Procédons donc à un comparatif avec cette édition américaine :

L'édition française reprend le grand format de l'édition japonaise, soit un manga de dimension 18X13. Comme on l'a dit, l'édition américaine Dark Horse est calquée sur la petite version japonaise (soit 15X10). Le sens de lecture original est respecté, amélioration notable par rapport à la version US.

Couverture du tome 1 VF
Les textes en fin de volume, l'équivalent des "ronin report", sont des originaux (dans le premier tome, il est question de l'organisation du Japon d'Edo et de la caste des samouraïs), il y'a également des informations complémentaires (carte du Japon de l'époque).
Le glossaire des termes spécifiques est séparé de la dernière page du manga, ce qui évite de se "spoiler" la fin du tome en allant chercher la définition d'un terme en cours de lecture. Ce glossaire est la traduction littérale de son équivalent américain (mais sans les signes graphiques signalant les allongements phonétiques dans les termes japonais).
Si on en juge par le premier tome, les dessins de couverture reprennent ceux des versions américaines (Franck Miller et cie), a priori nous n'aurons donc pas droit aux dessins couleur de Kojima.

La traduction, signée Makoto Ikebe, est fluide et adaptée au contexte de Lone Wolf (même si "bigre" et "crénom" sonnent un peu étrangement dans le Japon d'Edo !). Tout comme dans l'édition Dark Horse, les termes japonais spécifiques sont conservés et renvoient au lexique de fin de volume.
De plus, papier et qualité d'impression sont excellents. La perfection n'étant cependant pas de ce monde, les fans maniaques ne peuvent s'empêcher d'émettre quelques réserves !

De manière assez superficielle d'abord, la graphie du titre de couverture, qui ne reprend ni celle de l'édition américaine, ni celle de l'édition japonaise (le grand format japonais inclut la mention "Lone Wolf and cub" en plus du titre en kanjis) est assez raide et sèche, de même que le sous-titre.
Plus important, les onomatopées sont moins discrètes que dans les éditions japonaise et américaine. Surtout, il est curieux (et paradoxal) qu'elles aient été traduites en anglais, ce que l'édition Dark Horse ne fait pas ! Par exemple le landau qui roule fait "rattle" (au lieu de "gara gara" dans l'édition américaine), les chevaux au galop "rumble", Ittô qui saisit sa lance "grab" etc. Ce choix d'onomatopées (de type comic book) est assez surprenant, d'autant qu'il ne retranscrit pas la sonorité des onomatopées japonaises.

Le prix de vente de Lone wolf and cub chez Génération Comic est de 9 euros 99, sachant que la série compte 28 tomes, il s'agit d'un investissement certain. Dans une valeur sûre !

Retour au sommaire

KITSUNE

7/10/03