Lone Wolf and cub : hommages

Réinventer Lone Wolf and cub : Lone Wolf 2100
Lone Wolf 2100 par Mike Kennedy et Francisco Ruiz Velasco - Les kanji sous le titre sont ceux de "Kozure Ôkami" -


Le succès de la nouvelle édition de Lone Wold and cub a décidé Dark Horse a lancer un hommage à la série. Baptisée Lone Wolf 2100, scénarisée par Mike Kennedy (Ghost, Star Wars) et dessinée par Francisco Ruiz Velasco (Battlegods : Warriors of the Chaak), la mini-série transposent certains des éléments du manga dans un univers futuriste.

En 2100, un virus génétique, le War Spore, ravage la planète. Humains et androïdes sont également atteints par la contagion et des populations entières sont confinées dans des zones de quarantaine. Les androïdes les plus évolués, les Emcons sont en rébellion et beaucoup pensent qu'ils répandent intentionnellement le virus pour décimer l'humanité. Dans cet univers chaotique, un Emcon nommé Itto, accompagné d'une petite humaine, Daisy, est en fuite. Accusé d'avoir tué le père de Daisy, un savant dont il était le garde du corps, Itto cherche à mettre la petite fille à l'abri. Le matériel génétique de cette dernière pourrait en effet receler le secret de l'antidote à la pandémie. Itto devra donc affronter tous ceux, hommes et machines, qui cherchent par tous les moyens à s'approprier la fillette.


Dark Horse insiste sur la participation (lointaine) de Kazuo Koike au projet et son approbation globale vis à vis du produit fini. Pourtant, les liens avec le manga originel sont plus que distants.


Ainsi, l'Itto 2100 ne garde de son modèle que son patronyme (sans l'allongement sur le "o"), ses formidables capacités guerrières et son côté taciturne. L'autre point commun avec le manga étant d'apparier un redoutable combattant, qui a ici la forme d'un samouraï technoïde, avec un tout jeune enfant.
Il ne s'agit par pour les auteurs de retranscrire servilement Lone Wolf and cub et de le resservir à la sauce futuriste mais la reprise d'éléments superficiels n'aboutit qu'à un hommage tout aussi superficiel. Le style de Francisco Ruiz Velasco a beau être lourdement influencé par les mangas, il est à mille lieux de celui de Goseki Kojima, dont la "maturité" contraste violemment avec le dessin tout en rondeur de l'Américain. De plus, il paraît vain de vouloir comparer les deux oeuvres sur le plan narratif, tant leur format respectif diffère (8000 pages contre une mini-série !).

Finalement, Lone Wolf 2100 a peut être plus de chance de séduire un public nouveau, qui ne serait pas tenter de faire sans cesse la comparaison entre les deux oeuvres. Le comic ne manque pas de qualités intrinsèques, surtout si l'on apprécie le dessin de Ruiz Velasco et sa mise en couleur "atmosphérique".

Itto et Daisy, héros de Lone Wolf 2100
- Itto "2100" et Daisy -

L'intrigue n'est pas des plus révolutionnaire mais elle pourra se développer si la série se poursuit. Une trilogie de mini-séries de 4 numéros chacune est prévue, la deuxième est en cours de parution en octobre 2002.

Par ailleurs, un spin-off de la série, dessiné par Francisco Ruiz Velasco, est inclus dans Reveal, une anthologie Dark Horse réunissant "the best in mainstream and alternative comics creators". A noter que c'est "Itto 2100", redessiné pour l'occasion par Leinil Francis Yu qui orne la couverture de ce volume.

Les américains sont spécialisés dans la réinvention constante de leurs superhéros. Cette réécriture est plus ou moins inspirée. De ce point de vue, Lone Wolf 2100 n'est pas une injure à Lone Wolf and cub mais reste anecdotique, surtout lorsqu'on le compare avec le grand oeuvre de Kojima et Koike.


Une vision parodique : Lone Goat and kid dans Usagi Yojimbo

Les aventures d'Usagi Yojimbo, le lapin samouraï, regorgent de références à la culture populaire japonaise. Il eut été étonnant que Kozure Ôkami / Lone Wolf and cub ne soit pas évoqué !
Et, en effet, Stan Sakai met en scène un père et son fils, assassins itinérants : Yagi et Gorogoro, connus sous le sobriquet de Lone Goat and kid. Un hommage qui trouve sa source dans les films Baby Cart : "J'ai basé les personnages de Yagi et Gorogoro sur les souvenirs que j'avais des films, vus une quinzaine d'années auparavant. [...] Yagi veut dire chèvre et Gorogoro est une onomatopée japonaise pour désigner le son que fait votre estomac quand il gargouille."

Les personnages de Lone Goat and Kid apparaissent dans l'histoire intitulée Way of the samouraï (Usagi Yojimbo, Volume 1, Number 23). On y apprend comment Yagi, garde du corps du seigneur Higashi, a été victime d'une machination. Après avoir tué de nombreux conspirateurs, il est devenu un ronin, sillonnant les routes en tant qu'assassin avec son fils Gorogoro.
Lone Goat and Kid, la parodie anthropomorphe de Stan Sakai
- Le génie parodique de Stan Sakai s'exerce sur la famille Ôgami ! -
Conformément aux principes qui régissent l'univers d'Usagi Yojimbo, Yagi et Gorogoro sont des animaux anthropomorphes : une chèvre (ou plutôt un bouc !) et un (mignon) petit chevreau. Le landau en bois, quant à lui, est quasiment identique à la version originale !
Un volume entier, justement intitulé Lone Goat and Kid (Usagi Jojimbo, Volume 1, Number 24), met les deux personnages au centre de l'intrigue.

Le seigneur Wakame et ses sbires, responsables de la chute de Yagi, veulent à tout prix s'en débarrasser. Ils s'arrangent pour qu'on lui commandite le meurtre d'Usagi, en espérant que ce dernier viendra à bout de l'assassin. Après un combat acharné, Yagi prend le dessus, grâce à une intervention opportune de Gorogoro. Wakame, qui observe la scène de loin, décide de donner l'assaut final avec ses hommes. Yagi s'aperçoit qu'il a été roulé. Furieux, il massacre les samouraïs qui l'attaquent. Gorogoro blesse mortellement Wakame mais tombe avec lui du haut de la falaise où se déroule le combat. Heureusement, Usagi lui sauve la vie ! Yagi le remercie et se débarrasse de l'argent reçu pour son assassinat, avant de reprendre la route avec son fils. Les deux histoires sont rassemblées (avec d'autres) dans le recueil Usagi Yojimbo, Book Five : Lone Goat and Kid (Fantagraphics books).

Accessoirement, Stan Sakai fait également référence à Lone Wolf and cub dans le titre d'une des premières aventures d'Usagi Yojimbo Lone rabbit and child (Usagi Yojimbo, Book One : The Ronin). D'autres éléments peuvent être reliés au manga de Koike et Kojima, comme la garde de katana (tsuba) que Katsuichi, le maître d'Usagi, utilise comme bandeau sur son oeil, à l'instar de Restudô (mais cet emprunt au folklore des chambara n'est peut être pas une référence directe au manga).



Road to Perdition : un respectueux hommage
Road to Perdition, écrit par Max Allan Collins, l'américain, et illustré par Richard Piers Rayner, l'anglais
- The American Way : les gangsters remplacent les samouraïs -

Comme Kazuo Koike, Max Allan Collins exerce dans de multiples domaines. Il écrit des romans policiers (séries Nolan and Jon et Nathan Heller), des scénario de bande dessinées (Dick Tracy, Batman, Ms. Tree), des novélisations de films (Saving Private Ryan) et des articles pour la presse spécialisée (bande dessinée, cinéma).
Egalement compositeur-interprète dans un groupe de rock, il écrit et réalise lui-même des films à petit budget (Mommie, Mommie's day) !
Par ailleurs, il professe une grande admiration pour Lone Wolf and cub. Il est ainsi l'auteur d'un long article présentant le manga et les films Baby Cart (article paru dans Asian Cult Cinema, une revue américaine sur les films de genre asiatiques).

Road to Perdition, scénarisé par Max Allan Collins et illustré par Richard Piers Rayner, porte la marque de cette admiration. D'abord d'un point de vue thématique, puisqu'il s'agit de l'histoire d'un père et de son fils, victimes d'une trahison et en quête de vengeance. D'un point de vue formel ensuite : l'oeuvre s'ouvre sur une citation de Kazuo Koike, directement issue du manga : "You must choose a road for yourself". Par contre, le style graphique de Richard Piers Rayners, qui oscille entre le réalisme et l'abstraction, est assez éloigné de celui de Kojima.

 

Road to Perdition prend place dans le Chicago des années 30. Michael O'Sullivan, surnommé "l'archange", est le plus redoutable des hommes de main de la famille Looney. Un jour, Mike jr, son fils adolescent, assiste à un assassinat perpétré par O'Sullivan et Connor, le fils Looney. Ce dernier craint que le garçon ne parle et tue la mère et le jeune frère de Mike, croyant se débarrasser de lui. Dés lors, Mike senior et junior mettent le milieu du grand banditisme a feu et à sang pour qu'on leur livre Connor Looney.
Il s'agit d'une violente histoire de vengeance et de rédemption, avec une très forte tonalité spirituelle et religieuse..

Dans l'introduction de Road to Perdition, Max Allan Collins met en avant ce que son oeuvre doit à celle de Koike et Kojima. Il est fier de leur parenté : "Je serais reconnaissant envers tous les lecteurs et critiques qui verront en Road to Perdition le digne cousin américain de Lone Wolf and cub, et je serais enchanté si Road amenait plus de lecteurs à cette oeuvre fantastique." (interview de Max Allan Collins par Arune Singh in ComiBookResouces).
L'intérêt de Collins pour les manga et la japanimation ne se limite pas aux aventure d'Ittô et Daigoro. Il rêve en effet d'adapter Cowboy BeBop en comics ! En attendant, il réalise l'adaptation américaine de Batman - L'enfant des rêves de Kia Asamiya.

Road to Perdition a connu un regain d'intérêt avec la sortie du film. Ce dernier réunit en effet de grosses pointures d'Hollywood : Sam Mendes, auréolé de la gloire de American Beauty, à la réalisation et Steven Spielberg, via Dreamworks, à la production. A l'écran, une brochette de stars se partagent la vedette : Tom Hanks, Jude Law, Paul Newman.
Le film s'éloigne de la bande dessinée dont il est l'adaptation. S'il lui reste fondamentalement fidèle, il est quelque peu expurgé du point de vue de la violence et sa tonalité est plus positive.
En tout état de cause, il ne fait pas référence directement à Lone Wolf ou encore à Baby Cart.
Si l'on désire vraiment trouver des parallèles entre le film et sa lointaine source d'inspiration, on peut remarquer que Sam Mendes aménage des pauses au cours du récit. Des respirations qui ne sont pas sans rappeler celles dont Kojima agrémente le récit de Lone Wolf. Et le tueur à gage psychopathe, interprété par Jude Law, porte sa déviance sur lui, dans son attitude et ses mimiques, un peu comme Abe-no-kaii, mais dans un registre très différent ! (en clair : Abe-no-kaii est d'une laideur repoussante, Jude Law, même en tueur fou, garde les faveurs de ses admiratrices !).

Road to Perdition, le film de Sam Mendes avec Tom Hanks, Paul Newman et Jude Law
- Un père et son fils, eux aussi sur la Voie de la Perdition -


 

KITSUNE


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