Angoulême 2007

 

Comme chaque année, c'est tout le gratin de la bande dessinée principalement française (et belge), et dans une moindre mesure mondiale, qui se retrouve à Angoulême à l'occasion du Festival International de la Bande Dessinée, ceci afin de faire découvrir et de promouvoir toute cette culture qui n'est pas si loin d'être un art ! Bien évidemment tous les types de bande dessinée sont représentés ici, et forcément, le manga aussi ! Pour cette 34ème édition la configuration habituelle du site a quelque peu été chamboulée puisqu'une partie du festival s'est expatriée hors du centre ville pour rejoindre la périphérie, cette année il fallait donc marcher (ou prendre le bus). Nous allons alors nous pencher sur les moments forts de ce festival, et plus particulièrement sur tout ce qui touche aux manga !

 

Du côté des éditeurs
Passage obligé du festival, le salon des éditeurs s'est retrouvé cette année assez excentré par rapport au reste du festival, puisqu'il a élu domicile sur le site de Montauzier. Mais c'est pour la bonne cause, puisque du coup, les éditeurs se retrouvent avec un espace de plus de 10 000 mètres carrés pour poser leurs stands, c'est donc dans une sorte de grand super-marché de la bande dessinée que l'on se retrouve en arrivant sur les lieux ! Les éditeurs ont de l'espace certes, mais ce n'est pas pour autant que le public en a. En effet, la salle était complètement bondée, il est assez difficile de circuler, ce qui est en grande partie dû au fait que les files d'attentes des dédicaces se font..... dans les allées !
Bien évidemment, tous les plus gros ont dégainé d'énormes stands (celui de Soleil était particulièrement monstrueux), alors que les indépendants se contentent de présentoirs plus modestes, il était d'ailleurs beaucoup plus facile de circuler de ce côté là. On pourra noter tout de même l'absence, côté manga, de Kurokawa, pourtant présent l'année dernière, ou encore de Taifu et Asuka, pour le reste, tout le monde était présent. Au final, cet espace est l'occasion rêvée d'entrer en contact direct avec les professionnels de la bd, auteurs, par l'intermédiaire des dédicaces, comme éditeurs, présent sur les stands. Même si, ne nous leurrons pas, ils sont bien là pour vendre, et certains poussent même le vice jusqu'à faire acheter la bd de l'auteur en dédicace pour obtenir un ticket permettant d'accéder à cette dernière, tout en sachant que les fans ont très certainement déjà leur bd, dommage !

 

L'Espace Manga
Cette année, et pour la première fois dans le festival, un espace spécial de 500 m² était entièrement dédié au manga. On pouvait y trouver trois parties différentes, une salle réservée aux conférences sur le manga et les fameuses Mangarena, une expo ayant pour thème "Sport et manga", et enfin une salle de projection diffusant quelques anime.
Alors sur le papier tout ceci paraît bien alléchant, mais une fois sur place une légère déception s'installe, car, au final, cet espace est bien limité. La salle de projection par exemple, ne présentait qu'un intérêt relatif étant donné que celle ci ne faisait que diffuser en boucle les premiers épisodes de diverses séries (Bleach, Naruto, Monster,...), ceci conférant donc à cette dernière un aspect principalement publicitaire. Ensuite, la fameuse exposition "sport et manga", se trouve reléguée dans une sorte de "couloir" faisant la jonction entre la salle de conférence et celle de projection, dans lequel on pouvait trouver quelques planches de shonens sportif (une vingtaine) ainsi que des panneaux expliquant les codes, aussi bien graphique que narratif, de ce type de manga, le tout illustré par quelques extraits, mais, malheureusement, on en a vite fait le tour. En revanche, la salle de conférence fut intéressante. En effet, elle présentait plusieurs fois par jour des conférences autour du manga (sur les monstres du folklore nippon, les yokai, ou encore sur Tezuka) ainsi que chaque soir pour clore la journée, les Mangarena !
Pour terminer, on ne peut que se réjouir de la présence d'un site entièrement dédié au manga, car ceci montre bien qu'il commence enfin à être reconnu en France. Même si cet espace était un peu trop limité, il avait le mérite d'exister. Rappelons tout de même que c'était une première, laissons lui donc le temps de s'installer en espérant le voir s'enrichir au fil des prochains festivals.

 
 

Atsushi Kaneko, la vrai star du festival !
Fait assez rare à Angoulême, on pouvait retrouver cette année un mangaka en dédicace, et pas des moindres puisqu'il s'agissait d'Atsushi Kaneko l'auteur de Bambi ! (à noter tout de même qu'il y avait aussi Keiko Ichiguchi (1945,...)).
Le mangaka était donc en dédicace le vendredi et le samedi sur le tout petit stand de IMHO dans le coin des indépendants, et première chose que l'on constate en arrivant, il n'attire malheureusement pas les foules ! Désintérêt peu mérité compte tenu de son oeuvre, mais bien pratique pour qui voulait son petit dessin du maître. Pendant la dédicace, Atsushi Kaneko fait preuve d'une grande gentillesse, il est très abordable, on peut facilement discuter avec lui, il répond volontiers aux questions et dessine ce que l'on veut pour peu qu'on le lui demande, il a même insisté pour faire une dédicace à son site préféré, le coquin ! Bref, vous l'aurez compris, Atsushi c'est vraiment un mec sympa et super serviable et ça c'est la grande classe, thank you mister Kaneko !!!

 

"Faut-il brûler les manga ?"
Le dimanche en fin d'après midi ce tenait à l'espace manga un débat qui promettait d'être "chaud" : La crise de la bande dessinée en Europe : faut-il brûler les manga ?
Pour débattre de ce sujet, étaient donc conviés : Boulet, un auteur de bd franco-belge qui avoue avoir été influencé par les manga, Xavier Guilbert de du9.org et enfin Didier Pasamonik de universbd.com. Donc au final nous n'aurons pas eu droit à un combat entre un fan de franco-belge versus un fan de manga, mais bien à un débat entre personnes connaissant parfaitement l'univers de la bd dans sa globalité, et donc aussi le manga.
C'est tout d'abord à grands coups de chiffres que c'est ouvert ce débat, des parts de marchés par-ci, des nombres de ventes par-là, bref, au final ils étaient tous d'accord pour dire que "oui le manga cartonne en France, mais il n'est pas pour autant une menace pour la bd européenne qui a encore de beaux jours devant elle". Ensuite la discussion a tourné autour du cas du dernier Astérix, qui, selon certaines interprétations, cacherait en fait une critique de l'invasion des manga en France. Sur ce point là, Xavier Guilbert et Didier Pasamonik n'arriveront finalement pas à se mettre d'accord, et le débat a donc été recentré sur le sujet initial. Par la suite les différents protagonistes n'auront de cesse d'évoquer les multiples raisons qui font que le manga fonctionne aussi bien (aspect populaire, rythme de parution, côté feuilleton, etc...).
Au final, tous furent d'accord pour dire qu'il est ridicule de chercher à opposer ces deux types de bd, et qu'il ne faut pas voir le manga comme un mal, mais plutôt chercher à comprendre ce qui fait son succès, et pourquoi pas faire évoluer la bande dessinée, tout en gardant son identité, en s' inspirant, au lieu de les rejeter, de toutes ces bonnes choses qui rendent les manga si attractifs aujourd'hui !

 
 
 

Pour finir, on peut dire que c'était un festival plutôt sympa, les organisateurs ont bien su gérer l'écart entre les différents sites en proposant des navettes gratuites et régulières, les éditeurs jouissaient d'un espace plus que confortable, et on pouvait assister à de nombreuses conférences, ou autres rencontres, bref, plutôt positif ! Aussi, en tant que fan de manga, on peut se réjouir de voir que la bd japonaise commence enfin à se faire une place dans le festival (l'espace manga), mais aussi à être reconnu pour autre chose que son succès, puisque cette année, le prix du meilleur album de l'année a été attribué à NonNonBâ de Shigeru Mizuki !!!

Reno Lemaire, l'auteur de Dreamland,
qui a dédicacé le stand de Pika
 
 

Evil Ash